
"" Finir un 100km est toujours un exploit, quelle que soit la performance""
GERER SA COURSE. Ce comportement de l'homme pressé qui colle souvent au coureur à pied est suicidaire sur un 100 bornes. Il faut donc impérativement se confectionner un plan en fonction de ses aptitudes et qualités du moment ... et le suivre ! .
Vous trouverez ICI, un plan pour un centbornard qui vaut 3h30 au marathon environ.
Enfin, je n'ai pu m'empêcher de mettre ici un petit compte rendu de Chavagnes en Paillers (85), de 2006 :
Arrivée en fin de journée à CHAVAGNES le temps de récupérer les dossards (Alain a déclaré forfait pour le 100 mais s'aligne finalement sur le marathon). Installation des tentes, repas et au lit vers 22h30. Le sommeil est difficile à trouver. Etant réveillé à 3h45 et comme je savais que je ne pouvais pas retrouver le sommeil, je sors de sous ma tente, première surprise : du brouillard. Je vais prendre mon petit déjeuner à la salle, retour à la tente et je me prépare. Je me présente 10 minutes/un quart d'heure avant l'heure fatidique. A 05 heures le départ est donné, petite boucle dans CHAVAGNES puis direction la forêt de Gralas. Incroyable cette ambiance : la nuit, le brouillard, on se croirait dans un film d'Hitchcock. Bizarrement les gens parlent peu, concentration peut être parce qu'on ne voit pas toujours très bien. Premier ravitaillement, je m'arrête quelques secondes le temps de boire quelques gorgées d'eau. A l'approche du deuxième (Ste-Anne) une partie des suiveurs à vélo nous attend. Pour ce qui me concerne j'avais convenu avec Erwan (mon accompagnateur vélo) d'attendre la fin du premier tour (ce 100 bornes étant 4X25km). Je boucle ce premier tour en 2h31. . Je surveille mon chrono, je suis bien, j'ai trouvé un compagnon de route, un Morbihanais (dossard 229, Gilles ?), on est tous les deux dans la même cadence. La première boucle est donc bouclée, tout va bien : 10km/h, je suis dans le vrai. Je m'arrête à tous les ravitaillements, mais j'ai l'impression que je mélange un peu trop les aliments et boissons, on verra. On passe le 30ème en 2h55 environ, Gilles me fait remarquer que c'est peut être un peu rapide. En fait et sans vraiment faire attention, je suis allé plus vite dans cette seconde boucle : 2h23. Je me déleste de mon maillot de coton et je suis en débardeur, il fait bon, le ciel est couvert, temps idéal pour l'instant. Erwan a avec lui mon portable, j'ai donc quelques appels d'encouragement. Le troisième tour est très difficile parce que çà devient dur, très dur par moments, et on se dit qu'il en reste encore un... Je m'arrête comme prévu à tous les ravitaillements, mais au lieu d'y consacrer 30 secondes comme sur les premiers arrêts, j'ai tendance à prolonger, j'ai mal aux jambes, la relance est de plus en plus difficile. Mais à chaque fois je repars. Je perds Gilles de vue, il est resté plus en arrière, je ne le reverrai plus. Je passe le marathon en 4h10, à partir de maintenant, c'est l'aventure puisque je n'ai jamais fait plus. Mon chrono ne me trahit pas : au 50ème km je dois être en 4h51, au 60 ème en 6h00, je faiblis un peu mais je me dis que c'est normal. Je parle de moins en moins à Erwan, je suis aussi de moins en moins lucide, il me dit que je semble « mieux » que les autres, je ne le crois qu'à moitié. On dit que la course commence au 60ème, si c'est çà je suis mal. Les relances après les ravitos sont de plus en plus dures, notamment au R4 à la Copechagnière : çà monte légèrement et pas très long, mais suffisamment pour bien faire mal. Je passe le 70ème et j'ai perdu pas mal de temps mais çà n'est pas très important, je me souviens que pour moi le but c'est : FINIR (si possible en moins de 12h). J'arrive à la fin de cette troisième boucle après 2h45 d'efforts. Je me surprends à penser que l'idéal pour abandonner serait là, maintenant... mais non, c'est impossible, je sais qu'il me reste 25km et je vais les faire parce que je suis venu ici pour çà. Erwan m'encourage. Je m'arrête non seulement à tous les ravitaillements mais aussi aux postes d'épongeage, j'ai l'impression que le fait de m'arrêter quelques secondes me font du bien. Mais c'est de plus en plus difficile de repartir, ce ne sont plus 30 secondes d'arrêt mais 1, 2 minutes, peut-être plus, je relance en trottinant et après quelques dizaines de mètres je reprends ma foulée. J'attends avec impatience le prochain ravito. Je demande à Erwan « c'est lequel le prochain ? » çà m'aide à tenir. Vers le 80ème km je me dis que si je termine je peux faire moins de 11h00, mais je sais aussi que sur un 100 bornes tout peut arriver. Au dernier poste d'épongeage je décide de ne pas m'arrêter même si l'envie est bien là mais je sais aussi que le redémarrage sera un calvaire. Je souffre de plus en plus, j'ai mal partout : les jambes bien sûr mais aussi les cervicales, le coude, les pieds... Mais le moral tient bon et les kilomètres s'enchaînent. J'attends avec impatience le panneau des 90km, il n'arrive pas, si il est là, j'ai une bonne marge mais rien n'est gagné. Je sens que je peux rester planté là sans pouvoir avancer. On arrive au dernier ravito, il reste 4km, je m'étire un peu mais pas trop je crains les crampes, les types qui sont là m'encouragent, mais je connais les deux derniers km : çà monte. Au 98ème, un dernier coup de fil d'encouragement, je prends l'appareil et pourtant je suis « à la ramasse », ces longues côtes qui sont des pentes douces, mais au 98ème ce sont des murs ! Mais je ne m'arrête pas, d'ailleurs je ne me suis jamais arrêté entre deux ravitaillements. 99Ème, c'est bon, je sens que c'est bon. Mais çà monte encore, je ne cherche pas à accélérer parce que je ne peux pas. Erwan me laisse pour aller se poster à l'arrivée, un spectateur m'accompagne sur une vingtaine de mètres : « vas-y, il te reste 200 mètres de bonheur », effectivement, 200 mètres de bonheur, alors j'en profite pour ralentir un peu pour mieux en profiter. La petite descente au bout de laquelle je vois Alain qui a a fini depuis longtemps avec son marathon. On tourne à droite, il n'y a personne devant moi, personne derrière. La dernière ligne droite d'une centaine de mètres, l'arche de l'arrivée, le podium... la ligne, je lève les bras. Je termine mon 100 bornes en 10 heures 46 minutes.